Investir dans Alstom en 2026 s'adresse principalement aux investisseurs conscients des risques mais attirés par un potentiel de redressement significatif. La décision dépendra d'une analyse fine de la réussite de son plan de désendettement, de sa capacité à restaurer durablement ses marges et du contexte macroéconomique global. Une chose est sûre : le titre ne laissera personne indifférent.
L'action Alstom en chiffres : que disent les données ?
Avant d'analyser les perspectives, il est essentiel de poser les bases avec les caractéristiques fondamentales du titre Alstom (ALO). Ces indicateurs permettent de situer l'entreprise dans son environnement boursier et de comprendre sa valorisation actuelle.
L'un des ratios les plus scrutés, le PER (Price-to-Earnings Ratio), révèle des attentes contrastées. Avec un PER 2025 estimé à 65,7x, voire plus de 82x selon certaines sources, l'action paraît chère au regard des bénéfices actuels. Cependant, les prévisions des analystes montrent une normalisation attendue, avec un PER qui chuterait à environ 14,5x pour 2026 et 11,5x pour 2027. Cette évolution suggère une forte anticipation de la part du marché d'une amélioration spectaculaire de la rentabilité.
Concernant la rémunération des actionnaires, la prudence est de mise. Alstom ne prévoit pas de verser de dividende pour les exercices 2025 et 2026, une décision logique dans le cadre de son plan de désendettement. Un retour à une politique de distribution n'est envisagé qu'à partir de 2027, avec une prévision de 0,32 € par action, soit un rendement modeste. Pour les investisseurs cherchant un revenu régulier, Alstom n'est donc pas la candidate idéale à court terme. Si vous débutez, il est essentiel de comprendre le fonctionnement de la bourse avant de vous positionner sur des dossiers aussi complexes.
Analyse du parcours boursier : entre chutes brutales et rebonds spectaculaires
Le graphique du cours de l'action Alstom sur les cinq dernières années ressemble à des montagnes russes. Comprendre ces mouvements passés est crucial pour anticiper les réactions futures du titre.
Des décrochages marquants (2021-2023)
Si l'entreprise a plutôt bien résisté à la crise de la COVID-19 en 2020, la suite a été beaucoup plus mouvementée. Plusieurs événements ont provoqué des chutes vertigineuses :
- Été 2021 : Une première chute de 31% suite à des inquiétudes sur l'intégration des activités ferroviaires du Canadien Bombardier.
- Début 2022 : Un plongeon de 43% entre janvier et février, alimenté par des avertissements sur les flux de trésorerie.
- 5 octobre 2023 : Une journée noire avec une chute historique de 38% en une seule séance, après l'annonce d'un cash-flow libre négatif alarmant.
Ces décrochages successifs s'expliquent par un cocktail de facteurs : une digestion difficile et coûteuse de Bombardier Transport, des retards de livraison sur certains gros contrats malgré un carnet de commandes plein, et surtout, une consommation de trésorerie qui a mis les finances du groupe sous haute tension.
Le redressement depuis 2024
Le point bas symbolique a été atteint en mars 2024 avec la sortie du titre de l'indice phare CAC 40, le rétrogradant vers le SBF 120. Paradoxalement, c'est à partir de ce moment que le cours a entamé un rebond impressionnant, grimpant de plus de 87% sur le reste de l'année 2024.
Plusieurs éléments ont nourri cette reprise de confiance :
- Un plan de désendettement clair et crédible : La direction a communiqué sur des mesures fortes, incluant des cessions d'actifs et une augmentation de capital, pour restaurer la solidité du bilan.
- Des résultats intermédiaires encourageants : Le chiffre d'affaires a continué de progresser et le carnet de commandes est resté à des niveaux records.
- La confiance des agences de notation : En juin, Moody's a relevé la perspective de la note de crédit d'Alstom de "négative" à "stable", validant ainsi les efforts de la société.

Une volatilité toujours présente
Malgré ce rebond, le parcours de l'action reste chaotique. Le premier semestre 2025 a été un exemple parfait de cette nervosité, le titre réagissant violemment aux nouvelles, qu'elles soient bonnes ou mauvaises :
- +29% en deux jours suite à l'annonce d'un plan de relance ferroviaire en Allemagne.
- -32% en trois semaines face aux craintes de nouvelles barrières douanières.
- -17% en une journée après la publication de prévisions jugées décevantes pour l'exercice à venir.
Cette forte volatilité indique que le marché n'a pas encore une conviction totalement établie sur la trajectoire de l'entreprise. Chaque nouvelle information est surinterprétée, créant des opportunités pour les traders mais aussi des risques importants pour les investisseurs moins avertis.
Analyse fondamentale : les moteurs et les freins d'Alstom
Au-delà des mouvements de cours, la décision d'investir doit reposer sur les fondamentaux de l'entreprise. Quels sont les atouts d'Alstom et quels sont les défis qu'elle doit encore surmonter ?
Forces : un carnet de commandes record et un positionnement stratégique
Le principal atout d'Alstom réside dans son carnet de commandes colossal. Avec plusieurs dizaines de milliards d'euros de contrats signés et en attente de réalisation, l'entreprise dispose d'une visibilité sur son chiffre d'affaires pour de nombreuses années. Cela lui assure une base d'activité solide et récurrente.
De plus, Alstom est idéalement positionné sur des marchés porteurs à long terme :
- Transition écologique : Le train est l'un des modes de transport les moins polluants. Les gouvernements du monde entier investissent massivement dans le ferroviaire pour décarboner la mobilité.
- Urbanisation croissante : Le développement des métropoles nécessite des solutions de transport public efficaces comme les métros et les tramways, des domaines où Alstom excelle.
- Innovation : Avec ses trains à hydrogène (Coradia iLint) et ses solutions de signalisation digitale (ERTMS), Alstom se positionne à la pointe de la technologie du secteur.
Faiblesses : endettement et marges sous pression
Le talon d'Achille d'Alstom reste sa structure financière, fragilisée par l'acquisition de Bombardier. Le groupe doit gérer un endettement significatif et a démontré par le passé une capacité insuffisante à générer un flux de trésorerie positif et prévisible.
L'autre défi majeur est l'amélioration des marges opérationnelles. L'intégration de Bombardier a fait entrer dans le périmètre des contrats moins rentables qui pèsent sur la profitabilité globale. Le succès du redressement d'Alstom dépendra de sa capacité à finaliser l'intégration, à optimiser ses processus industriels et à mieux négocier ses futurs contrats pour restaurer ses marges aux standards du secteur.
- L'investisseur conservateur : Pour ce profil, le risque est encore trop élevé. La volatilité et les incertitudes sur l'exécution du plan de redressement incitent à la prudence. Il serait plus sage d'attendre des preuves tangibles et répétées de l'amélioration des finances (plusieurs trimestres consécutifs de cash-flow positif, par exemple) avant d'envisager une position. Il existe d'autres actions à acheter aujourd'hui potentiellement moins risquées.
- L'investisseur équilibré : Ce profil pourrait voir en Alstom une opportunité de diversification intéressante, mais en y allouant une part limitée de son portefeuille. L'approche pourrait consister à investir progressivement pour lisser le point d'entrée et réduire l'impact de la volatilité. L'objectif est de parier sur le succès du redressement à moyen terme (2-3 ans) tout en maîtrisant son exposition au risque.
- L'investisseur dynamique (ou spéculatif) : C'est pour ce profil qu'Alstom présente le plus d'intérêt. Il s'agit d'un "turnaround play" par excellence : si l'entreprise réussit son redressement, le potentiel d'appréciation du titre est considérable. Cet investisseur accepte un risque de perte élevé en échange d'un espoir de gain bien supérieur à la moyenne du marché. Une connaissance approfondie du dossier et un suivi régulier de l'actualité sont indispensables.
Comment concrètement acheter des actions Alstom ?
Si vous décidez que l'investissement dans Alstom correspond à votre stratégie, plusieurs options s'offrent à vous pour détenir les titres. Le choix du mode de détention a des implications pratiques et tarifaires.
Les modes de détention d'actions
1. Au porteur : C'est la forme la plus courante. Vos actions sont conservées sur un compte-titres ou un PEA auprès de votre courtier ou de votre banque. Vous n'êtes pas connu directement par Alstom. C'est la solution la plus simple pour la plupart des investisseurs individuels.
2. Au nominatif administré : Vos titres sont toujours chez votre intermédiaire financier, mais votre nom est inscrit dans le registre d'Alstom. Vous recevez directement les informations de l'entreprise (convocations aux assemblées générales, etc.).
3. Au nominatif pur : Vos actions sont directement inscrites et gérées par le mandataire d'Alstom (Uptevia). Cette option offre des avantages comme la gratuité des droits de garde, qui sont pris en charge par Alstom.
Voici un tableau comparatif pour vous aider à choisir :
Pour passer un ordre de bourse, vous aurez besoin des informations suivantes :
- Le nom de l'action : ALSTOM
- Le code ISIN : FR0010220475
- Le sens de l'opération (achat ou vente)
- La quantité de titres
- Le type d'ordre (au marché, à cours limité, etc.)
- La durée de validité de l'ordre
Le dossier Alstom est un cas d'école fascinant pour tout investisseur. Il incarne le dilemme entre un potentiel de revalorisation important, soutenu par des méga-tendances mondiales, et des risques financiers et opérationnels bien réels. L'entreprise est à un tournant de son histoire. Si elle parvient à exécuter son plan stratégique avec rigueur et à convaincre de sa capacité à générer de la trésorerie de manière durable, le chemin boursier pourrait être pavé d'or. Dans le cas contraire, les déceptions pourraient être à la hauteur des espoirs.
La décision d'investir vous appartient et doit être le fruit de votre propre analyse et correspondre à votre tolérance au risque. L'action Alstom n'est probablement pas un titre à mettre dans le portefeuille de l'investisseur le plus prudent, mais elle représente une thèse d'investissement audacieuse pour ceux qui croient en la capacité de ce champion industriel à surmonter ses défis actuels.







